Cette année universitaire a été riche en événements pour Couperin.
Côté négociations, l'actualité brûlante qui agite l'ensemble des acteurs est l'indispensable évolution des modèles économiques. Comme en son temps l'étalon-or, l'«étalon-papier» voit, qu'on le veuille on non, ses jours comptés. Fournisseurs et clients conviennent que l'on ne peut se fonder indéfiniment sur des chiffres d'affaires historiques, remontant souvent à plus de dix ans. Il reste à trouver des modèles économiques de substitution.
D'autant que le support électronique, longtemps cantonné, pour ce qui concerne la documentation scientifique, aux périodiques et bases de données, s'étend à de nouveaux supports, notamment le livre numérique. Là aussi l'étalon-papier risque d'être sérieusement bousculé. On peut comprendre le souhait de défendre le livre et son prix unique. Mais il sera difficile et sans doute aventureux, d'intégrer dans les établissements de recherche et d'enseignement supérieur, et dans les bibliothèques en général, la notion de livre numérique homothétique*. Il serait illusoire et surtout absurde de vouloir brider les potentialités du livre numérique en se restreignant à certains enrichissements, d'autant que la notion même de prix unique s'accommode mal d'un achat collectif.
A supposer la question de livre numérique homothétique réglée, ce dont on peut douter, comment lui appliquer la notion de prix unique en dehors du cadre d'un usage privé ?
On le sait, les éléments de fixation du prix dépendront d'un algorithme dont les principales variables seront le nombre d'accès simultanés, la taille de la communauté desservie (nombre d'utilisateurs potentiels ou communauté cible), le choix entre achat pérenne ou droit d'accès, les droits de plateforme - le cas échéant, et bien entendu l'utilisation réelle qui en est faite, traduite notamment par les statistiques d'usage. Ces ingrédients étant à leur tour bouleversés par l'intrusion de « bouquets », collections, et autres packages ou core collections. Comme pour les autres documents numériques, il faudra négocier le prix au cas par cas ou dans un cadre de consortiums.
On ne s'étonnera donc pas que parmi les nouveaux chantiers qui seront engagés à la rentrée l'on trouve en bonne place un groupe de travail sur les statistiques. Les mesures de l'usage, le respect des normes de comptage, notamment COUNTER, et la participation active à leur évolution, la comparaison des usages payants et des usages gratuits (archives ouvertes, open access, archives institutionnelles, etc.) comptent parmi les axes de réflexion. Il ne faudra pas pour autant négliger les éléments qualitatifs, objet de l'analyse conduite par les Groupes de veille qu'accueille depuis peu Couperin.
Un groupe de travail sur l'archivage et l'accès pérenne devra être mis en place à la rentrée. En effet, tant les bibliothèques que les fournisseurs de contenu s'interrogent sur les modalités à mettre en place pour garantir l'accès dans le temps aux ressources souscrites. Couperin a été à plusieurs reprises interpellé à ce sujet, tant par ses membres que par les éditeurs. Il conviendra de réunir, selon des modalités qui restent à préciser, l'ensemble des acteurs concernés, qu'ils soient clients, fournisseurs, ou opérateurs.
Mais le projet qui mobilisera probablement le plus d'énergie dans les prochains mois sera le lancement du pilote d'ERMS partagé, dont l'appel d'offre est en cours. On ne soulignera jamais assez, sur ce point, le travail considérable effectué par la Groupe de travail (GTERMS), poursuivi avec ténacité depuis presque trois ans. L'investissement de Kareen Louembé de l'Université Lyon 2 et d'Emilie Barthet dans ce dossier mérite d'être souligné.
Ce n'est pas le seul chantier sur lequel Emilie Barthet s'est fortement investie, plutôt que d'en dresser la liste, je voudrais ici rendre hommage au travail considérable qu'elle a effectué en tant que coordinatrice du Département Études et prospective. C'est avec elle et grâce à elle, à ses qualités, son opiniâtreté, sa force de travail et son sens des responsabilités que le Département a acquis la dimension qui est la sienne aujourd'hui. Qu'elle en soit ici remerciée. Suite à ce premier poste de conservateur, elle rejoint le 1er septembre l'université de Lyon I, nouvelle étape d'une carrière prometteuse. Elle sera remplacée dans cette fonction par M. André Dazy, à qui je souhaite ici la bienvenue.
Et à toutes et à tous, un bon été.
Jérôme Kalfon
Responsable du Département Études et prospective.
Paris, Juillet 2010
* “reproduisant à l’identique l’information contenue dans le livre imprimé, tout en admettant certains enrichissements comme un moteur de recherche interne, par exemple”